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"Le moribond: À te prouver que tout peut être ce qu'il est et ce que tu vois, sans qu'aucune cause sage et raisonnable le conduise, et que des effets naturels doivent avoir des causes naturelles, sans qu'il soit besoin de leur en supposer d'antinaturelles, telle que le serait ton dieu qui lui-même, ainsi que je te l'ai déjà dit, aurait besoin d'explication, sans en fournir aucune; et que, par conséquent dès que ton dieu n'est bon à rien, il est parfaitement inutile; qu'il y a grande apparence que ce qui est inutile est nul et que tout ce qui est nul est néant; ainsi, pour me convaincre que ton dieu est une chimère, je n'ai besoin d'aucun autre raisonnement que celui qui me fournit la certitude de son inutilité. Le prêtre: Sur ce pied-là, il me paraît peu nécessaire de vous parler de religion. Le moribond: Pourquoi pas, rien ne m'amuse comme la preuve de l'excès où les hommes ont pu porter sur ce point-là le fanatisme et l'imbécillité; ce sont des espèces d'écarts si prodigieux, que le tableau selon moi, quoique horrible, en est toujours intéressant. Réponds avec franchise et surtout bannis l'égoïsme. Si j'étais assez faible que de me laisser surprendre à tes ridicules systèmes sur l'existence fabuleuse de l'être qui me rend la religion nécessaire sous quelle forme me conseillerais-tu de lui offrir un culte? Voudrais-tu que j'adoptasse les rêveries de, plutôt que les absurdités de Brahma, adorerais-je le grand serpent des nègres, l'astre des Péruviens ou le dieu des armées de Moïse, à laquelle des sectes de Mahomet voudrais-tu que je me rendisse, ou quelle hérésie de chrétiens serait selon toi préférable? Prends garde à ta réponse."
Argumentation d’Oriane (Bic noir): discussion rebattue… l’argumentation du moribond ne tient pas car elle suppose une rationalité naturelle. Or rien ne prouve qu’il en soit ainsi. Et si le monde ne repose pas sur une construction de raison, alors la foi a son domaine propre qui ne peut être analysé avec les arguments de cette raison. Quand à l’argument de la pluralité religieuse, il ne tient pas non plus car s’il est une constante universelle, au-delà des variations de surface que sont les religions, c’est bien le besoin d’un (ou plusieurs car cela ne change pas fondamentalement cette constatation) Dieux.
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